Qu’est-c’qui s’tram ?

 

    UNE BROCHURE INTITULÉE MARSEILLE INFOS SPÉCIALE EUROMÉDITERRANÉE, datée de l’automne 2007, est disponible sur indymedia Marseille. Elle présente le projet Euromed et le replace dans un contexte qui dépasse largement la seule ville de Marseille. Les travaux qui durent depuis 10 ans ne sont qu’une facette du réaménagement urbain et d’une restructuration économique au niveau européen. Dans cette brochure on peut entre autres trouver la liste des entreprises y participant, des détails sur le périmètre euromed et les différents autres projets, etc. Extraits de la brochure : « Depuis plus de 10 ans, Marseille est sommée de se mettre au pas ou au goût du jour. Des nouvelles technologies, du numérique, des télécommunications, etc. Il faut que cessent sa circulation chaotique, son système D et ses business, ses grèves récurrentes d’éboueurs et ses rues sales pour qu’elle devienne un lieu où le pouvoir se donne à voir, se représente comme autrefois il y eut les cathédrales pour les autorités catholiques, les places royales pour la monarchie absolue, les préfectures et tribunaux pour la république. Une grande bataille de pacification, aseptisation, de reconquête s’est engagée dans le centre-ville. De cette bataille, l’établissement public d’aménagement Euromed qui supervise le projet sur une surface de 311ha entre Saint-Charles et Joliette (bientôt augmentée de 150ha supplémentaires vers Bougainville) en est l’outil et l’artisan, le char lancé à l’assaut de la ville, l’objectif est afin
    que Marseille colle mieux au rôle de pivot économique de la région euroméditerranéenne
    de redessiner la ville autour du nouveau quartier d’affaires et de fluidifier la circulation avec le tramway et le cyclocity par exemple. A l’échelle de la ville, c’est la même logique qu’au niveau régional ou européen, dynamiser des pôles spécialisés et les relier entre eux : quartiers d’affaires (la Joliette), d’habitations (Panier, Belsunce) déterminés en fonction de la richesse/
    pauvreté de ses habitants, culturels (Belle de Mai, Cours Julien, la Plaine), de commerce (Rue St Féréol, Noailles).


    VOILÀ LA VILLE SAUCISSONNÉE, DÉCOUPÉE EN TRANCHES, VENDUE AU DÉTAIL. Un espace = une activité. Un pôle, une compétence. Autant de projets en cours et partiellement réalisés qui rendront Marseille si parfaitement semblable à d’innombrables autres grandes villes. On a bien là un phénomène de normalisation, d’homogénéisation des villes, toutes sur un même modèle. À chaque pièce du puzzle, sa fonction. D’où le tramway, les lignes de bus quasi réservées comme entre les immeubles de standing de Bouygues (grand horizon) et le conseil régional tandis que d’autres lignes sont démantelées, histoire d’être sûrs qu’il n’y aura pas de débarquement d’importuns dans le centre.


    LE TRAM, C’EST L’OSSATURE SUR LAQUELLE REPOSE TOUTE CETTE RESTRUCTURATION. Il achève de transformer la rue en simple axe de communication. Le Vélo participe pleinement à cette logique : circulation sous contrôle d’un point A à un point B, etc. Les angles morts, ce sont tous ces espaces qui échappent encore au regard des caméras de vidéosurveillance, gardent un peu d’opacité, des simples recoins et autres cages d’escaliers. Ce sont les lieux de sociabilité non encore totalement intégrés à la normalité marchande comme le marché aux voleurs ou l’actuel J4. Pour venir à bout de ces territoires, ils parlent de « prévention situationnelle ». Il s’agit d’empêcher tout rassemblement tout arrêt, attroupement du simple fait de la configuration des lieux, de l’architecture intimidante et pensée pour des interventions militaires et/ou policières rapides et efficaces. Dans les brochures on nous vante la végétalisation et le rayonnement culturel : la végétalisation, c’est planter quelques platanes et 10m2 de pelouse en plaque sur lesquels il sera interdit de marcher et à fortiori de somnoler. Les verts et consort trouveront certainement leur comptes dans cette transformation d’espaces à vivre en nature morte. Un beau décor en fin de compte, plat et sans vie.


    POUR CE QUI EST DE LA CULTURE, ELLE EST TOUJOURS UN BON ALIBI pour faire peau neuve dans un bout de quartier. Ici, des fouilles archéologiques, là, un grand musée, font office de pierres tombales.
    La cité de la méditerranée fera disparaître le patrimoine portuaire (110ha) avec son musée des civilisations de l’Europe et de la méditerranée, son multiplexe, sa galerie marchande, etc. Tout un commerce de leur culture pour cadres dynamiques ou jeunes aspirants à l’être. Dans cette dynamique, le soutien des médias est indéfectible, ils sont un rouage indispensable et ce n’est pas un hasard si euromed compte parmi ses projets phares le pôle média de la Belle de Mai avec le seul incubateur multimédia national qui devra être le deuxième pôle français de production audiovisuelle et multimédia. Marseille et sa région sont un carrefour entre différents axes de circulation et entre des centres de productions et de recherches. Porte vers les pays du Sud via la Méditerranée, porte vers le nord et les pays de l’est, la Suisse et l’Italie du nord, via la vallée du Rhône. Rien d’étonnant donc à ce que le programme de rénovation urbaine soit pharaonique. Marseille doit être à la hauteur de sa situation. Elle doit devenir une métropole rayonnante de la façade méditerranéenne de l’union européenne.


    EUROMED MARSEILLE, C’EST L’ARME POUR LA MÉTROPOLISATION DE TOUTE CETTE RÉGION. »