Nike la démocratie

 
    Extrait de

    BI #06 260208




    # Version sonore
    Nike la démocratie [MP3 - 9.2 Mo]

    # Thème(s)
    Réflexions critiques / Documents sonores



    Quelques références...

    # La France d’après... on la brûle (automne 2007)
    # Contre la paix, contre la démocratie, Augustin Garcia Calvo (1994)
    # Nous voulons détruire la gauche
    # Mort à la démocratie, Léon de Mattis (2007)
    # Compile classe... contre classe, en soutien aux incendiaires engôlés (2008)



    « IL Y A DIX ANS, Joey Star posait la question : qu’est-ce qu’on attend pour foutre le feu ? Il ajoutait justement : unissons-nous pour incinérer ce système. Aujourd’hui, Joey a pris un sacré coup de vieux. Alors que ses souhaits commencent à être exaucés, il retourne sa veste et rejoint le camp de la soumission républicaine : il appelle à voter. Le traître. Vous me direz ça fait un moment qu’on avait compris qu’il tenait plus à sa merco qu’à l’avènement d’un bouleversement social concret. L’ennui, c’est que malgré toutes ces luttes sociales, malgré tous ces affrontements avec la police, l’ambiance est actuellement aux élections. »
    (extrait de Pour éviter le piège des élections...)


    À LA VEILLE DES MUNICIPALES, à Marseille, comme ailleurs, le débat fait rage : Le port sera-t-il privatisé ou privatisé ?
    La ville sera-t-elle aseptisée ou aseptisée ? Des débats et du blabla noir sur blanc à en mourir d’ennui ! si ce n’était quelques phrases qui leur échappent souvent. Par exemple, celle qui introduit le programme de Gaudin « V comme partager » : « Autour d’Euromed, nous avons redynamisé Marseille et répondu aux attentes des entrepreneurs ». Voilà bien à qui Gaudin s’adresse : aux entrepreneurs. Il n’y a rien à en redire.


    POUR QUE CETTE MASCARADE un peu de crédit, il faut en évoquer des menaces et des périls, des crises économiques ou politiques : la peur de l’étranger, la menace totalitaire, la menace terroriste ; le spectre de l’anarchie comme règne de la terreur. Il y a cette éternelle ritournelle : si ce n’est pas la démocratie, c’est la dictature. Cette opposition, elle, est bien sommaire. Voici quelques phrases que l’on peut lire dans le livre à la démocratie : « L’État est une mise en forme de la domination. Il est la sanction d’une rapport de force. […] Dans ce rapport, il y a un pôle dominant, qui est la classe capitaliste, et un pôle dominé, les classes exploitées. La démocratie, en tant que régime particulier de l’État, n’est rien d’autre qu’une des modalités possibles de la mise en forme de la domination capitaliste. [...] L’État, démocratique ou non, comme puissance de domination, est, a toujours été et sera toujours l’allié du capitalisme et de l’exploitation ».
    FAIRE PEUR, histoire que chacun aille voter, reste chez lui devant la télé et reprenne une dose. Histoire que chacun regarde d’un oeil méfiant à peu près tout le monde et se mette à faire le citoyen-flic-balance.


    AUSSI, CRITIQUE DU VOTE peut se faire que sous l’angle d’une critique radicale insensible au mirage d’un
    « bon choix » possible. Le vote, c’est une dépossession de notre puissance collective, une négation des rapports de force,
    notre individualisation-atomisation face au monde. Le simple retrait abstentionniste ne change rien à l’affaire. Il n’est qu’un repli personnel, un choix individuel. Le vote blanc est tout aussi absurde que n’importe quel vote. Quant à l’extrême gauche, comme la Ligue contre-révolutionnaire, elle se fait complice et participe au mirage démocratique (et oui, un autre monde de merde est possible !). Elle sert de caution alors qu’il n’existe d’opposition que dans l’action directe. On nous dit qu’en démocratie, tout le monde a sa place et peut exprimer son opinion. Leurs hypothétiques élus pourraient toujours s’agiter, s’indigner, blablater et amender sur les bancs d’une quelconque assemblée, qu’est-ce que cela peut bien nous faire ? Accepter le jeu électoral, c’est renoncer à agir. Détruisons la gauche. « Nous voulons la mort de la gauche tout autant que celle de la droite et du capitalisme. Nous voulons détruire la gauche car elle empêche toute prise de conscience collective, elle freine toute initiative de renversement d’une société que nous rejetons tous. » (extrait de Nous voulons détruire la gauche)


    LE 1er mai, des complices écrivaient : « La démocratie, quelle connerie. Aller voter ou pas, qu’est-ce qu’on en a à foutre ?! L’important n’est pas ce que l’on va faire un dimanche par-ci par-là mais ce qu’on fait tout le reste de l’année, tout le reste de notre temps, de notre survie ». Voilà des mots qui nous parlent.


    PLUS CONCRÈTEMENT ENCORE, il faut bien ajouter que le mythe de la démocratie envahit même les espaces de lutte où resurgissent sans cesse ses attributs : vote, assemblée, représentants-délégués. À l’heure où les caissières de carrefour grand littoral sont retournées au turbin après une dizaine de journées d’une lutte inédite, rappelons que les syndicats, porte-paroles et autres gestionnaires sont et seront toujours les fossoyeurs de nos luttes.
    CE BLOCAGE plus grand carrouf de France avait commencé le 2 février suite à une journée de grève nationale dans la grande distribution. Il durera 15 jours avec piquet de grève nuit et jour et opposition physique à diverses livraisons – moyennant quelques heurts avec la police. 7 grévistes doivent être jugés pour « entrave au travail ». Manque à gagner pour Carrefour : 3 millions d’euros.
    BIEN SÛR, VER ÉTAIT DANS LA POMME la liste de revendications laissait présager une sortie de crise telle qu’elle s’est déroulée. 15 jours de lutte pour des clopinettes « honorablement » négociés par la CFDT : une augmentation du ticket-restaurant journalier de 50 centimes, le droit de faire des heures supp, et 80 000 euros pour le comité d’entreprise seront débloqués si les pertes (liés au vol notamment) passent sous les 2% : Une bonne manière de transformer le prolo en flic.


    ALORS, on cite encore quelques lignes du bouquin à la démocratie : « De plus en plus souvent, s’écoulant hors du strict champ de la politique d’État, le démocratisme se répand sur les luttes sociales. Alors, de nouveaux personnages surviennent qui, eux aussi, comme les politiciens ont la prétention de
    « représenter »les autres. Le syndicaliste qui négocie la fin d’un mouvement social ne me représente pas : il me trahit. Le délégué du personnel qui siège au comité d’entreprise ou d’hygiène, ou dans les commissions paritaires de la fonction publique, ne me représente pas : il m’exploite parce qu’il n’est rien d’autre qu’un petit rouage, parmi d’autres, de la grande machine exploiteuse. Le patronat et l’État se cherchent toujours des interlocuteurs « responsables » représenter ceux qui luttent contre eux : ils savent que c’est la meilleure manière d’en stériliser la puissance potentielle. [...] Quand un mouvement s’essouffle, ceux qui luttent laissent aux syndicats le soin de négocier la sortie de crise. Alors, les représentants représentent bien quelque chose : ils me représentent non pas tel que je suis dans la lutte c’est-à-dire au moment où je relève la tête et où j’ai l’occasion de reconquérir les moyens de peser sur ma vie et mon destin, mais ils me représentent au moment où j’abandonne le
    combat. Ils représentent le retour à la normale, le retour à la passivité ordinaire de la vie »
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