Jusqu’à ce que la dernière ferme ne soit plus que cendres...

 
    Extrait de

    BI #06 270208




    # Version sonore
    Jusqu’à ce que la dernière ferme ne soit plus que cendres... [MP3 - 15.3 Mo]

    # Thème(s)
    Société tekno-indus / Documents sonores



    Du désordre...

    # Le 7 mai 2007 à Lyon, incendie du siège de Tecniplast, acteur clé dans l’industrie de la vivisection et fournisseur d’Huntingdon Life .

    # Le 27 novembre 2007, un commando de l’ALF, après avoir tagué le magasin center de Chambray-lestours (Indre et Loire), a pris soin de casser la vitre pour y jeter plusieurs engins incendiaires, s’est suivi un spectacle plus exquis offert par ce vendeur de mort !!!

    # Le 8 juin 2008, dans l’Aude, des défenseurs de la cause animale saccagent un abattoir avicole.
    « L’abattoir a subi de gros dégâts, commis par des gens qui savaient ce qu’ils faisaient et qui ont
    laissé un unique message au feutre : meurtrier-ALF. »

    # Le 30 juin 2008, Saint-Germain sur l’Arbresle (Rhône) : une partie des bureaux d’un élevage d’animaux de laboratoire, ainsi que trois véhicules, ont été détruits par un incendie.

    # C’est à 6 heures du matin, le mercredi 19 novembre 2008, que des militants lyonnais appartenant à
    l’association Dignité Animale et à l’association Le Glaive ont été perquisitionnés chez eux par la
    gendarmerie. Les trois personnes ont été relâchées. Les keufs font tout pour collecter un maximum
    d’informations sur les mouvements pour les droits des animaux et récolter des prélèvements ADN.

    # Le 23 septembre 2008, libération de 3000 visons dans la province de Verona en Italie. Le lendemain, ce sont 9000 visons qui sont libérés de leurs cages à Vicenza, des bureaux de cette ferme avaient été attaqués et détruits par le feu en novembre 2005.

    # Le 5 novembre, encore 2000 visons libérés à Modène. C’est la deuxième libération de ce type dans cette ferme, et la troisième aura lieu le 9 février 2009, mais elle sera interrompue par une alarme. Une centaine de visons seront tout de même libérés.

    # 22 janvier 2009, « destructores », « asesinos », ont été tagués sur des engins de chantier, l’un a été détruit par les flammes ¡ No permitiremos mas exterminios ! F.L.T/E.L.F Mexico.

    # Un mois plus tard, rebelotte : « L’expansion urbaine est un des plus gros problèmes écologiques.
    L’expansion de la civilisation et son inutile technologie abandonne le monde dans les mains des
    puissants qui contrôlent l’appareil d’état répressif prêt à stopper toutes formes de résistances qui s’affrontent à eux et qui tentent d’arrêter la course à la destruction. C’est pourquoi dans la nuit les elfes ont décidé de sortir pour mettre le feu à une machine destructrice de la terre et un camion appartenant aux dominants. Nous le disons une fois de plus, pas de pitié jusqu’à l’abolition de ce qui nous oppresse. » E.L.F Mexico.

    # Le 4 février 2009, l’Animal Rights Militia s’est offerte une petite promenade nocturne aux domiciles de différents dirigeants de Barclays Plc, actionnaire de Huntingdon Life Sciences.
    « Barclays a eu assez d’avertissements quant à son sanglant commerce. Le temps est venu de payer. Nous avons traqué les dirigeants de Barclays qui pensaient être en sécurité en se cachant dans de luxueuses maisons londoniennes. Raté ! Ce n’est que le début de ce qui attend Barclays :on va faire de vos vies un enfer ».

    # 14 février, Mexico toujours. « Nous avons bloqué une des principales autoroutes de Mexico à l’aide d’une barricade érigée par les Luddites contre la domestication de la nature sauvage. Le feu illumina la nuit sombre, paisible et tranquille pour ceux qui transportent par camions énormes des
    « matières premières » arrachées à la terre. Le chaos était une fois de plus sous les yeux de la police qui arriva sur la scène pour mettre un terme à la fête incendiaire. Nous brisons leur précieux ordre social avec nos méthodes de lutte, sauvages, radicales et insurgées. »

    CES DERNIERS TEMPS, PLUSIEURS ACTIONS REVENDIQUÉES ALF, ANIMAL LIBERATION FRONT (front de libération animale) ont eu lieu en France. Nous avons déjà évoqué une attaque contre un « cuir center ».
    Un soir de décembre 2007, des activistes ALF (c’est eux et elles qui se nomment ainsi) ont rendu visite au domicile d’un fourreur, Michel Gramma, au 16 rue ferdinand de Lesseps à Bordeaux. Des inscriptions telles que : « Gramma assassin, ALF » ont été taguées sur les murs.
    Un feu a également été allumé devant la porte du parking. Ces actions sont décrites sur le site internet bite back où l’on trouve des communiqués, des photos, des vidéos et parfois les modes opératoires. Un grand nombre d’actions de par le monde y sont revendiquées : des destructions de véhicules ou de bâtiments, des libérations d’animaux...
    L’ALF agit, particulièrement en Angleterre où 1200 actions au moins y ont été revendiquées en 1999. Plus récemment, c’est en Italie, avec par exemple la campagne pour la fermeture de l’élevage Morinni, et en Espagne que l’ALF est apparue. Le 9 février 2008 une manifestation a eu lieu à Barcelonne contre le groupe Novartis et sa sociéte Huntingdon Life Sciences. Deux cents personnes se sont rassemblées, la vitrine du siège de Novartis est tombée. Depuis 1999, cette multinationale qui pratique la vivisection et des expériences sur les animaux est la cible
    d’une campagne internationale, des actions ont eu lieu dans au moins quinze pays. Le président de Huntingdon Life a été grièvement blessé à coups de hache, le directeur marketing a été gazé. En 2005, l’ALF affirme ouvertement dans un communiqué : « Une nouvelle ère s’est levée pour ceux qui financent ceux qui maltraitent les animaux et lèvent des fonds pour eux, pour qu’ils puissent tuer des animaux. Vous aussi vous faites partie de la liste de cibles ; vous avez été prévenus. Si vous soutenez toute société liée à Huntingdon Life Sciences nous vous traquerons, nous viendrons et détruirons votre propriété par le feu ».
    L’ALF a écrit plusieurs brochures, plus sur la forme que sur le fondement de ses actions, avec des descriptifs sur les cibles et les différentes façons de s’y attaquer ainsi que des conseils de sécurité. En France et en Belgique, le front de libération animale semble s’activer.


    QU’EST-CE QUE LE FRONT DE LIBÉRATION ANIMALE ?
    « Jusqu’à ce que la dernière ferme ne soit plus que cendres, attendez vous à entendre parler de nous. »
    On ne peut pas comprendre pourquoi l’ALF est né si l’on ne sait pas que son pays d’origine est l’Angleterre. Car si en France la question du rapport aux animaux n’a jamais eu une grande importance sociale (idéologie humaniste oblige ! ), tel n’est pas le cas dans les pays anglo-saxons où cette question a été absorbée et récupérée par la société. Au 18ème siècle Jeremy Bentham écrivait déja : « La question n’est pas peuvent-ils raisonner ni peuvent-ils parler mais, peuvent-ils
    souffrir ? »
    Jeremy Bentham est loin d’être une référence, il a mis au point le panoptique, sorte de prison modèle où l’architecture permet une surveillance à 360 degrès. Dans Surveiller et punir,
    Foucault critiquera ce modèle en faisant remarquer qu’il peut s’appliquer à l’usine, l’école, etc...
    Le mouvement de défense des animaux a donc une signification très importante pour l’Angleterre. Il ne s’agit pas d’un mouvement marginal. La première organisation de défense des animaux y est apparue dès 1824. À cette époque aussi, un groupe nommé la Band of mercy perturbait les chasses au renard, symbole des couches sociales les plus aisées. En 1972, la Band of mercy réapparaît. Elle entend mener des actions illégales, allant plus loin que l’« association des saboteurs de la chasse » fondée en rupture avec la ligne légaliste adoptée par le mouvement de protection des animaux des années 60. Dans un premier temps, la Band of
    mercy mène des actions contre les chenils. L’idée de généraliser la lutte fait vite son chemin.
    En 73 et 74, la Band of mercy s’attaque à des laboratoires, des entreprises leur fournissant des animaux et des bateaux utilisés pour la pêche aux phoques. Lors d’un raid, Cliff Goodman et
    Ronnie Lee sont arrêtés. Ronnie Lee déclara : « Le pacifisme total est une philosophie immorale : la violence est le seul langage que ces gens comprennent. C’est peut être une dure réalité à comprendre pour les
    idéologues pacifistes du mouvement dont la préoccupation de non violence a beaucoup à voir avec leurs origines classes moyennes. »

    Un large mouvement de solidarité pour les « robins des bois » des animaux eut lieu.
    Des dizaines de personnes rejoignirent la cause des animaux. Certains, avec ceux et celles de la Band of mercy qui n’étaient pas en prison créèrent l’ALF en 1976 et amenèrent des propositions
    concrètes et la possibilité d’agir maintenant.
    D’autant plus qu’en 1975, paraît le premier grand traité concernant la question animale : Animal libération. Peter Singer y définit le spécisme, idéologie de la domination humaine sur les autres espèces et se déclare donc anti-spéciste. Il sera très critiqué quant à sa philosophie utilitariste.
    Cette philosophie, développée par Bentham, est une théorie qui justifie une action si elle est utile au bonheur de l’homme. À ce titre, Singer accepte la vivisection si elle permet un bonheur supérieur à la somme de souffrances subies par les animaux. De même, il justifie l’avortement
    en cas de naissance à risque (malformations, handicaps, ...), car selon lui, la somme des souffrances encourues par la mère et l’enfant est plus importante que celle liée à l’avortement, d’où les accusations d’eugénisme à son encontre. Le mouvement antifasciste allemand interviendra physiquement pour empêcher des meetings de Singer et la fédération anarchiste a interdit la propagande antispéciste considérant la question animale comme irrationnelle.
    D’autres penseurs comme Gary Francione ou Tom Regan, profs de facs nord-américaines (tout comme Singer) développeront des thèses sur ce nouveau concept de spécisme. Gary Francione
    affirme que : « le problème est que nous avons une culture hiérarchique dans laquelle les hommes blancs riches sont en haut, et tous les autres sont plus bas, avec les animaux non humains tout en bas ». Il associe libération humaine et libération animale. Francione est opposé à tout compromis, il prône le véganisme : « Le véganisme est le principe de l’abolition de la condition animale appliquée à notre propre vie ; toute consommation de viande, de poisson ou produits laitiers est en contradiction avec le projet abolitionniste de même que l’usage de produits d’origine animale à des fins vestimentaires ou autres. »
    Tous les trois s’opposeront aux pratiques illégales et violentes même si Regan respecte l’engagement des activistes de l’ALF.
    L’idée de base de l’ALF était que le mouvement devait avoir des principes, et que toutes les personnes menant une action selon ces principes pouvaient se revendiquer de l’ALF.
    Aujourd’hui, ces principes sont :
    Premièrement : Libérer les animaux de la souffrance ou de la souffrance possible, et les placer dans de bons foyers permanents, ou, là où cela est approprié, les libérer dans leur environnement naturel.
    Deuxièmement : Infliger des dommages économiques ou détruire la propriété et les équipements associés à la maltraitance des animaux et révéler les horreurs et atrocités que subissent les animaux.
    Troisièmement : Prendre toutes les précautions raisonnables afin de ne mettre en danger aucune vie quelle qu’elle soit.
    Certains ne respectent pas ce dernier principe et se réclament de l’Animal Right Militia, l’ARM qui est connue pour avoir causé de grandes pertes économiques à plusieurs entreprises en revendiquant l’empoisonnement de certains articles, par exemple des barres chocolatées ou des shampoings, ce qui a obligé ces entreprises, dont Novartis, à retirer du marché des lots entiers de marchandises. Depuis sa création, l’ALF s’est développé sur tous les continents. Des milliers d’animaux ont été enlevés des mains des tortionnaires.


    L’ÉLABORATION D’UNE STRATÉGIE ARTICULANT PRATIQUE CLANDESTINE ET APPARITION PUBLIQUE massive est un débat important au sein de l’ALF, fluctuant selon le soutien des grandes organisations légalistes du mouvement de protection des animaux et du degré de répression. Deux visions de la lutte, entre autres, s’expriment. La vision la plus radicale estime qu’il faut frapper vite et fort, puis se retirer dans l’anonymat. Choisir une autre cible, frapper vite et fort et de nouveau se retirer dans l’anonymat. Une autre vision se réclame de la tradition de désobéissance civile telle
    que la boston tea party (indépendantistes nord-américains jetant le thé anglais à l’eau) ou encore l’underground railroad (aide aux esclaves en fuite par voies de chemin de fer).
    De la résistance contre la guerre du Viet-nam à la bataille de Seattle, les luttes phares dans l’histoire nord-américaine ont employé des tactiques d’actions directes violentes et illégales.


    LA RÉPRESSION N’ÉPARGNE PAS L’ALF ET LES ÉCO-WARRIORS, des dizaines de prisonniers et prisonnières
    croupissent en prison. En Angleterre, le nombre de membres du mouvement de libération animale incarcérée-s en même temps est monté jusqu’à 600. Barry Horne était l’un des prisonniers de l’ALF le plus connu. Il est mort à 49 ans, le 5 novembre 2001, lors d’une troisième
    grève de la faim dans les geôles anglaises. Il avait participé à de nombreuse luttes de l’ALF, notamment à Interfauna en 1990, où 82 chiens beagles et 26 lapins furent libérés. La libération d’animaux est un des objectifs principaux de l’ALF. Il est également considéré comme ayant
    fait partie du groupe ARM ayant causé plusieurs millions d’euros de dégâts dans une attaque à Newport. Des groupes de soutien agissent et utilisent, entre autres, le web pour communiquer.
    Citons l’ALF support group. Certains ne soutiennent que les prisonniere-s véganes.
    Aux états-unis le FBI considère que la menace terroriste de l’ALF ainsi que de l’ELF (le front de libération de la terre) est très importante.


    L’ELF EST ORGANISÉ COMME L’ALF. Une cellule de l’ELF peut consister en quelques personnes
    qui ont les moyens de causer des dommages économiques. Il n’y a pas besoin d’être un ou une expert-e entraîné-e pour être « engagé-e » dans l’ELF. La protection environnementale est une question d’autodéfense et les actions de l’ELF sont « une réponse naturelle aux dangers menaçant la vie sur terre ». Mais, l’ELF n’est pas simplement une organisation environnementale, l’ELF d’Amérique du nord où elle est apparue, déclare : « L’organisation est un groupe environnementaliste mais aussi une organisation comprenant la véritable cause du meurtre et de la destruction de la vie. Il n’est ainsi pas suffisant de travailler seulement sur un thème en tant que tel, et l’État capitaliste et ses symboles de propagande doivent aussi être visés. »
    Et c’est ici une question fondamentale. En effet, même si parfois le A de ALF est cerclé et que la structure semble horizontale, sans hiérarchie (mais peut-être ne s’agit-il que d’un choix tactique), aucune référence n’est faite au capitalisme, à l’industrialisation ou à la croissance, ni dans les communiqués ni dans les principes de l’ALF. C’est d’ailleurs un point mis en avant par l’ELF. Il est quelques fois fait allusion au racisme, au sexisme ou au patriarcat mais bien peu de critique sur des sujets, tels que l’idéologie du progrès, la guerre de classes ou encore la société de contrôle dans nos démocraties totalitaires.


    SE BATTRE UNIQUEMENT POUR LA LIBÉRATION ANIMALE DANS UN MONDE OÙ L’ENFERMEMENT est de plus en plus présent dans nos vies nous semble être une vision parcellaire de la lutte. On pense alors au
    texte de Théodore Kaczynski : La nef des fous. Pendant que l’on obtient des améliorations pour la condition animale, que des laboratoires ou des élevages mettent la clé sous la porte, le navire garde son cap. Il n’y aura pas de libération animale dans une société hiérarchisée, autoritaire
    où la domination, l’exploitation et la marchandisation de toutes formes de vie (femmes, hommes, a n i m a u x, végétaux) est source de profit et de plaisir.


    L’ÉVASION SERA POUR TOUS ET TOUTES OU RIEN.